In-Novare - « faire du nouveau à l'intérieur »
« Innover » est devenu l'un des mots les plus répétés de notre époque. Dans les entreprises, les administrations, les écoles, les territoires, il faudrait innover sans cesse pour rester « compétitif », « agile », « pertinent ». Pourtant, à force d'être invoqué sans être interrogé, ce mot s'est vidé de sa portée transformatrice. Il s'est installé dans une logique d'incrément, de reproduction, voire de diversion. Ce que nous faisons quand nous disons vouloir innover mérite donc d'être profondément revisité.
L'impasse d'une innovation instrumentale
La doxa contemporaine de l'innovation repose sur une croyance héritée de la modernité qui est celle de la maîtrise du changement. Il suffirait d'identifier un besoin, de modéliser une solution, de la tester puis de la "déployer" à l'échelle pour faire advenir un monde nouveau. Mais, ce récit est trompeur. Parce que le monde dans lequel nous vivons est fait de systèmes complexes, de relations non-linéaires, d'incertitudes irréductibles et ces planifications factices engendrent souvent des effets inverses ou des effets aveugles.
Dans ce contexte, l'innovation conçue comme une réponse préméditée à un problème prédéfini devient inefficace, voire toxique. Elle ignore ce qui émerge actuellement, ce qui se transforme sans autorisation, ce qui résiste à l'objectivation. Elle ne voit plus ce qu'elle détruit en croyant améliorer.
Innover autrement en écoutant ce qui cherche à advenir
Il faut désormais proposer un autre point de départ. Innover ne consiste pas à plaquer un plan organisé sur le réel. Mais, au contraire, à apprendre à entrer en relation avec ce qui se transforme dans les organisations, généralement sans langage. C'est faire place à l'émergence, au doute, à l'incertitude, à l'inattendu. C'est reconnaître que l'innovation la plus juste naît fréquemment d'un désajustement. Ainsi, elle suppose un déplacement de posture depuis l'idéation vers l'attention, à partir de l'ingénierie vers la résonance, en allant du design à l'écoute.
Innover devient alors un acte d'interprétation pour capter ce qui n'a pas encore de forme, accueillir ce qui demande à naître, donner consistance à des signaux faibles. C'est prôner des approches « d'adaptation transformative» qui viennent s'opposer aux tendances et doxa marketing actuels.
Fonder un espace pour penser l'innovation
Le projet ECAT (Emergence Cognitive et Adaptation Transformative) est né du constat que trop souvent, l'innovation est pensée depuis l'extérieur, c'est-à-dire depuis la technologie, la performance ou le marché. Il manque un espace pour la penser depuis l'intérieur des relations humaines, des pratiques vécues, des formes d'attention, des méthodes cognitives. ECAT se veut un tel espace, autant lieu de réflexion critique que laboratoire de pratiques situées.
Ce blog en est l'un des véhicules. Il accueillera des articles, des récits, des analyses, des expérimentations. Il s'adresse à celles et ceux qui veulent penser et agir autrement. Ce blog ne proposera ni recettes, ni outils miracles, mais cherchera à formuler ce qui ne se laisse pas résoudre pour comprendre avec plus de justesse.
Je propose d'autres façons d'habiter l'innovation comme relation, comme ouverture, comme expérience du "non-savoir". Ce que nous appelons innovation n'est pas un saut dans le vide, mais un art du passage, un « Kainogénèse ». À celles et ceux qui veulent apprendre à co-devenir avec le réel, à risquer autre chose que la reproduction déguisée, à rendre visible l'invisible, bienvenue dans ECAT.
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